La douane a publié les chiffres du commerce extérieur du 1er trimestre, on peut donc se faire une première idée de la situation qui prévalait peu avant ou au tout début de la crise du coronavirus. D’autant que parallèlement, la banque d’Algérie a donné aussi quelques éléments sur la manière dont se présentait la balance des paiements au premier trimestre. (Voir notre article Déficit de la balance des paiements : un bon chiffre au premier trimestre 2020)
| Importations | Exportations | 2020/2019 (%) | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| JFM19 | JFM 20 | JFM 19 | JFM20 | Imp. | Exp. | |
| Biens alimentaires | 1920 | 1930 | 111,72 | 111,48 | 0,5 | -0,2 |
| Energie et lubrifiants | 165,56 | 465,46 | 9480 | 7040 | 181,1 | -25,7 |
| Produits bruts | 522,18 | 586,8 | 26,46 | 15,28 | 12,4 | -42,3 |
| Demi-produits | 2900 | 1940 | 481,47 | 433,57 | -33,1 | -9,9 |
| Biens d'équipement agricoles | 123,64 | 62,35 | 2,12 | 1,32 | -49,6 | -37,7 |
| Biens d'équipements industriels | 4110 | 2680 | 29,02 | 11,19 | -34,8 | -61,4 |
| Biens de consommation non alimentaires | 1570 | 1440 | 9,21 | 7,16 | -8,3 | -22,3 |
| Total | 11311,38 | 9104,61 | 10140 | 7620 | -19,5 | -24,9 |
Unité : millions de dollars et %
Source : données DGDouane publiées par l’APS
Le déficit a été de 1484 millions de $ contre 2207 l’année passée.
Un premier constat est que les importations ont baissé fortement. 9,1 milliards de dollars en 2020, contre 11,3 en 2019, soit 2,2 milliards de plus en 2019. Cette baisse a principalement pour origine la baisse des importations de biens d’équipements (industriels et agricoles) et des demi-produits. Cela est lié d’une part à une très forte baisse probable de l’investissement des entreprises et de l’Etat et d’autre part à la baisse de l’activité de montage.
La baisse de l’investissement se voit déjà dans le budget de l’état avec la baisse du budget d’équipement. Mais celui-ci étant composé principalement de BTP, la baisse des importations de biens d’équipement montrent avant tout la baisse de l’investissement des entreprises. Ceci donc avant la crise. Cette dernière a accentué les choses comme on l’a vu avec la baisse du budget d’équipement dans la LFC. Du côté des entreprises elle est inévitable. La conjoncture durable dans le secteur des hydrocarbures va amener Sonatrach à réduire fortement ses investissements de développement. D’autres vont sans doute différer leurs investissements en attendant qu’une reprise s’affirme durablement. On en est encore loin.
La baisse des activités de montage ne semble pas non plus devoir se retourner à court terme. La confirmation par la LFC de la suppression des avantages qui leur étaient accordés auparavant les rendant peu attractives. Une partie de ces importations va se reporter sur l’importation de produits finis comme dans l’automobile, mais au moment où la demande des ménages reprendra. On en est là aussi encore loin. Mais il est possible qu’au premier trimestre, c’est-à-dire avant la crise sanitaire, Les importations de demi-produits autres que pour les industries de montages croissaient de leur côté, mais que cette croissance ait été masquée par la baisse de celles pour les industries de montage. Ainsi les importations de produits bruts ont augmenté. Signe que l’industrie de transformation restait dynamique. Les importations de produits d’énergie et lubrifiants aussi. On sait que ces dernières années, l’Algérie a dû importer pour compléter l’approvisionnement de ses raffineries.
Les autres produits semblent avoir été beaucoup moins touchés. En particulier les biens de consommation alimentaires dont les importations ont légèrement augmenté. Les biens de consommation non alimentaires ont baissé, mais dans une proportion beaucoup moindre que les biens d’équipement ou les demi-produits.
L’évolution mensuelle montre que la baisse des importations de biens d’équipement était déjà bien entamée, dès janvier. Le niveau du mois de mars est particulièrement faible. Il en est de même des demi-produits dont les importations ont fortement baissé par rapport à 2019. Toutefois le niveau au cours des trois mois est fluctuant signifiant sans doute que les activités des industries autres que le montage se poursuivent. Les importations de produits bruts quant à elles montrent une légère tendance à la hausse, par rapport à 2019, et au cours des trois mois. Les importations de biens de consommation sont plutôt stables aussi bien par rapport à 2019, qu’en évolution au cours des trois mois de 2020.
| J2019 | F2019 | M2019 | J2020 | F2020 | M2020 | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Biens alimentaires | 738 | 602 | 580 | 626 | 667 | 637 |
| Energie et lubrifiants | 86 | 42 | 37,56 | 162 | 177 | 126,46 |
| Produits bruts | 175 | 149 | 198,18 | 195 | 179 | 212,8 |
| Demi-produits | 928 | 894 | 1078 | 684 | 564 | 692 |
| Biens d'équipement agricoles | 47 | 36 | 40,64 | 19 | 17 | 26,35 |
| Biens d'équipements industriels | 1433 | 1349 | 1328 | 934 | 971 | 775 |
| Biens de consommation non alimentaires | 526 | 476 | 568 | 477 | 457 | 506 |
| Total | 3933 | 3548 | 3830,38 | 3097 | 3032 | 2975,61 |
Unité : millions de dollars et %
Source : données DGDouane publiées par l’APS
Les tendances précédentes se sont probablement accentuées durant le confinement, en dehors des produits alimentaires et des produits liés à la santé. Pour les autres importations, l’ensemble de ce qui est commandes pouvant être satisfaites rapidement a dû certainement être reporté. Les commandes pouvant se faire au moment où s’exprimera la demande. De même que les commandes qui prennent du temps à être satisfaite et qui n’avaient pas été lancées. Les entreprises devaient en effet ménager leur trésorerie dans une situation d’incertitude sur la date de reprise de leur activité.
Pour les exportations mensuelles, la baisse de celles des hydrocarbures est claire. La tendance de celles des demi-produits est par contre moins évidente, puisque c’est au mois de mars 2020 que ces exportations ont atteint leur niveau le plus élevé sur les six mois.
| J2019 | F2019 | M2019 | J2020 | F2020 | M2020 | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Biens alimentaires | 32 | 35 | 45 | 26 | 46 | 39 |
| Energie et lubrifiants | 2850 | 3500 | 3130 | 2133 | 2427 | 2480 |
| Produits bruts | 12 | 6 | 8 | 3 | 8 | 4 |
| Demi-produits | 154 | 178 | 149 | 137 | 104 | 193 |
| Biens d'équipement agricoles | 0 | 0 | 2 | 0 | 0 | 1 |
| Biens d'équipements industriels | 20 | 4 | 5 | 4 | 6 | 1 |
| Biens de consommation non alimentaires | 2 | 2 | 5 | 1 | 5 | 1 |
| Total | 3071 | 3724 | 3345 | 2306 | 2594 | 2720 |
Unité : millions de dollars et %
Source : données DGDouane publiées par l’APS
Les incertitudes sur la demande qui pèsent sur les importations vont bien entendu jouer aussi pour les exportations qui vont sans doute baisser. La situation du marché pétrolier jusqu’à très récemment est suffisamment connue pour qu’on ne revienne pas longuement dessus ici. Il faut donc s’attendre à une forte baisse des exportations pour le deuxième trimestre. Toutefois on devrait s’attendre à ce que le déficit commercial continue à se réduire. La contraction des importations au deuxième trimestre pourrait en effet être plus importante que celle des exportations. Ces dernières pourraient baisser en effet d’un tiers à la moitié tenant compte de l’effet prix des hydrocarbures. Alors que la contraction des importations pourrait atteindre mensuellement jusqu’à la moitié du niveau de mars 2020.
