L’économie algérienne va terminer l’année 2014 avec une croissance relativement importante. Entre 3 et 4% pour le PIB et entre 5 et 6% pour le PIB hors hydrocarbures.

Le taux de chômage reste relativement élevé à près de 10%, d’autant qu’il stagne à cette valeur depuis plusieurs années.  Mais dans ce domaine, des tendances positives apparaissent avec par exemple le taux de non déclaration à la sécurité sociale qui n’est plus que de 42%, contre 52% il y a dix ans, ou bien l’évolution positive de la productivité du travail dans le BTP, les services ou l’agriculture.

Sur le front de l’inflation, les craintes des années 2010 à 2012 se sont estompées et elle a été ramenée à  2,3% pour les 10 premiers mois de 2014, même si l’évolution du mois d’octobre marque une accélération.

Mais les signes négatifs apparaissent au niveau des échanges extérieurs et du budget. Au niveau des échanges extérieurs la balance des paiements de 2014 se soldera par un déficit qui va se situer entre 10 et 15 milliards de dollars. Déficit qui sera bien évidemment comblé en puisant dans les réserves de change. Mais tenant compte du niveau de ces réserves,  ceci ne constitue pas vraiment un danger en soi. A supposer en effet que les faibles cours pétroliers persistent, cela devrait se traduire par des déficits pouvant aller jusqu’à 30 milliards de dollars par an, qui, même s’ils persistaient sur deux années consécutives, laisseraient quand même un niveau dépassant largement 100 milliards de dollars à fin 2017.

Le danger viendrait plutôt du budget.  On terminera en effet 2014 sur un déficit réel plus important que celui prévu pour la loi des finances de 2014. Mais surtout, l’exécution du budget 2015 tel que prévu fera apparaitre un déficit effectif (c’est-à-dire basé sur le prix réel du pétrole et non le prix de référence de 37$), très important, proche de 2000 milliards de DA. La réalisation et le maintien d’un tel niveau de déficit pour 2016, verra les ressources du fonds de régulation des recettes pratiquement épuisées à cette date. Mais il est clair qu’il y a des marges de manœuvre largement inutilisées dans les finances publiques : une révision des dépenses publiques, une compression des dépenses de fonctionnement notamment les transferts,  un accroissement des ressources de fiscalité ordinaire à travers la lutte contre l’évasion fiscale et la suppression de certaine exonération, ou en dernier recours l’endettement public. Quoi qu’il en soit, l’heure est sans doute venue à  une réforme budgétaire.

Un tel contexte remet d’actualité la question de la croissance et de la diversification des exportations, et par suite de diversification de  l’économie.  Cette question est en réalité liée à l’approfondissement des réformes structurelles, abandonnées pratiquement depuis la reprise du marché pétrolier à la fin des années quatre- vingt dix.  Qui dit approfondissement des réformes dit mise en place des mécanismes de marché et consolidation de la concurrence. Ceci ne veut pas dire évidemment évacuation de l’Etat du fonctionnement de l’économie, mais transformation radicale de son rôle, notamment la régulation et la redistribution sur des principes explicités d’équité.  Un tel énoncé peut évidemment paraitre très abstrait par rapport au contexte que nous connaissons, mais l’analyse des problèmes que rencontre l’économie algérienne montre qu’il s’agit bien de cela.  La place prépondérante du secteur public dans de nombreux secteurs d’activité, parmi les plus névralgiques comme le secteur bancaire, les entraves à l’investissement prenant différentes formes, la limitation d’accès à différentes activités, l’informalisation de l’économie, les différentes politiques de soutien à l’investissement ou aux prix , très souvent injustifiées et qui biaisent fortement la concurrence,  sont autant de domaines  sur lesquels des réflexions sérieuses doivent être menées pour aboutir à des politiques et des actions cohérentes avec la construction d’un véritable marché, c’est-à-dire fonctionnant sur des principes de saine concurrence.  Autrement,  nous serons condamnés à vivre dans un système économique hybride, où la spéculation, c’est-à-dire la recherche d’opportunités à court terme, même en sacrifiant l’avenir, va prévaloir.