Une croissance qui se maintient

Depuis la chute des prix du pétrole à partir de juillet 2014, et jusqu’au dernier trimestre 2015 la croissance hors hydrocarbures a été relativement élevée : 5,7% en 2014 et de 5% en 2015. Mais elle a accusé une chute par rapport aux années précédentes : environ 7% en moyenne pour la période 2011 à 2013. Cette chute de tendance était due à la décélération de la croissance agricole en 2014 et surtout, tendance importante, un même mouvement en 2015, observable pour le BTP et les services. Au niveau infra annuel en 2015 : le mouvement ne semble pas très net dans le BTP alors qu’il le reste dans les services. En 2016, les comptes du premier trimestre ne montrent pas de rupture très nette avec 2015 (un peu moins de 4% par rapport au premier trimestre 2015).

Les statistiques les plus récentes montrent :

  • le maintien d’une croissance relativement élevée dans l’industrie publique 2,9 % hors hydrocarbures et 3,1% pour le secteur manufacturier au premier semestre. Il faut s’attendre aussi à une hausse dans le secteur privé industriel. En effet, traditionnellement, la croissance du secteur privé y est toujours supérieure à celle du secteur public.  A noter toutefois la modicité de la croissance de la production des hydrocarbures : 0,4% pour l’ensemble du premier semestre. La croissance de l’industrie est concomitante à une inflation des prix à la consommation industriels, que ce soit les industries agro-alimentaires ou les autres produits (5% et 9,6% respectivement au cours des huit premiers mois de 2016). Cette inflation résulte en grande partie d’un effet taux de change pour les produits de consommation finale importés (notamment les produits textiles et les produits des cuirs et chaussures) alors que la hausse des prix à la production industrielle du secteur public au premier semestre est restée modérée, sauf pour l’énergie et les mines carrières (3,4% pour l’industrie manufacturière, 14% pour l’énergie et 29% pour les mines et carrières). 
  • Dans l’agriculture on constate une baisse de la production céréalière : 33 millions de quintaux contre 40 millions l’année dernière. Toutefois un bon nombre d’autres productions ont connu des résultats positifs comme en témoigne la modicité de la hausse des prix à la consommation des produits agricoles frais 2,25% pour les 8 mois, alors qu’habituellement c’est plutôt pour les produits agricoles que nous enregistrons les hausses la plus élevées.
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  • Il est par contre difficile de dire ce qui se passe précisément dans le BTPH et les services.  Si nous regardons l’évolution du secteur des matériaux de construction public, nous voyons une forte croissance au premier et au deuxième trimestre (5% et près de 7% respectivement).  Ceci reflète en partie le maintien de la croissance de la demande publique dans le logement et les travaux publics en 2016. Ceci est reflété aussi dans les dépenses d’équipement public (budget d’équipement) du premier semestre 2016 qui restent à peu près au même rythme que celles de 2015, qui elles -mêmes étaient en forte augmentation par rapport à 2014.
  • Enfin si nous reprenons les différents secteurs des services (transport, télécom, hôtels restaurants et cafés, services fournis aux ménages et services fournis aux entreprises et enfin le secteur commercial) il n’y a pas d’indication notable quant à un fort ralentissement de l’activité. 

La conclusion est que la croissance du PIB devrait se maintenir en 2016. Quant au rythme il est difficile de l’apprécier. On peut penser que le rythme du premier trimestre se maintiendra (environ 4%).

L’inflation : une accélération durable ou ponctuelle ?

Comment se présentent les grands équilibres macroéconomiques pour 2016 ? 

Concernant d’abord les autres composantes du marché des biens et services. Côté offre, outre donc la croissance du PIB, les  importations de marchandises, elles,  connaissent une importante baisse en valeur et en volume. En volume la baisse serait de 5,7% au premier semestre. En valeur la baisse est de plus de 14% en dollars et de près de 3% en dinars. La baisse en volume a touché tous les produits. Nous n’avons malheureusement pas les évolutions des importations de services.

Du côté de la demande, les exportations ont, diminué de 31% en valeur, passant de 22 milliards aux sept premiers mois de 2015 à 15 milliards à la même période en 2015. Ceci reflète beaucoup plus une évolution en valeur qu’en volume. Les prix des hydrocarbures ayant fortement chuté au cours de cette période :  le brent est pratiquement passé de d’une moyenne de 54$ au premier semestre 2015 à un peu plus de 40 au premier semestre 2016. 

Il est plus difficile de se prononcer sur les autres composantes de la demande. Concernant l’investissement, si les dépenses d’équipement public sont restées au même niveau que celle de 2015, par contre les importations de biens d’équipement en volume, qui représentent la plus grande partie des biens d’équipement, ont baissé de 14%. On peut faire le même constat concernant les biens de consommation : -1%, en volume, pour le groupe alimentation, boisson tabac et -17% pour les biens de consommation.  Mais il est difficile de savoir comment globalement ont évolué ces deux composantes. Il est possible, notamment pour les biens de consommation qu’il y ait eu, une croissance suite à une forme de reconquête du marché intérieur, notamment pour les biens de consommation.  Mais on manque, ici, de données. 

La croissance des prix à la consommation a été élevée.  Elle montre aussi des phénomènes intéressants.  Sur les huit premiers mois de l’année, le rythme d’évolution des prix  a été de 6,5% à peu près. Ce rythme est en accélération par rapport à celui de 2015 et 2014, où il n’était que de 4,8% et 2,9% respectivement.

L’inflation des prix agricoles frais a été particulièrement  basse (2,2%). A l’inverse des produits agro-industriels (5,5%), mais surtout des autres produits manufacturés (9,7%) et des services 7,8. L’inflation a été particulièrement nette pour l’habillement et les chaussures (13%) et pour les transports et communication (11%). L’évolution des prix des autres groupes se situe autour de la moyenne, sauf l’alimentation en deçà (3%). 

Ces évolutions peuvent refléter plusieurs tendances :

  • L’impact des prix des intrants  ou de produits manufacturés importés (le taux de change de l’euro est passé de 110 à fin juin 2015 à 122 à fin juillet 2015)
  • l’évolution des coûts de production pour les produits nationaux

Cette dernière hypothèse semble à écarter pour le secteur public où les prix à la production sont restés relativement stables, mais on ne sait pas comment se sont comportés les prix à la production dans le secteur privé.

Les biens de consommation industriels importés ont par contre vu leur prix à l’importation augmenter très fortement entre le premier semestre 2015 et le premier semestre 2016 (23,5%)/

L’augmentation des prix a été élevée dans les services aussi : pour les transports, comme nous l’avons signalé (imputable à la hausse des prix des carburants), mais aussi dans les autres services (logement et charges, santé etc…). La caractéristique principale des services est que dans la plupart des cas, il s’agit de marchés abrités, c’est-à-dire ne subissant pas la concurrence par les importations, ou bien, où de manière générale, la concurrence est faible. 

Si l’accélération de l’inflation semble indéniable, elle semble aussi marquée par des événements ponctuels comme la forte baisse du DA. Il est difficile de dire si elle va se poursuivre. Tenant compte d’un déficit budgétaire relativement faible, qu’il est prévu de financer principalement avec les ressources du FRR, il y a beaucoup de chances pour que l’accélération ne se poursuive pas.

Comment se présentent les autres équilibres macroéconomiques ? 

Un déficit budgétaire très important

Les paiements extérieurs d’abord. Le déficit commercial a été de près de 12 milliards de dollars au cours des 7 premiers mois de 2016. En extrapolant de manière mécanique il devrait se situer à 20 milliards environ pour l’ensemble de l’année 2026. Si on rajoute le commerce extérieur de services et les paiements au titre des revenus des facteurs (travail, intérêts, profits…) cela devrait sans doute amener un déficit de la balance courante de 25 à 30 milliards de dollars qui correspondrait au déficit de la balance des paiements. La balance des capitaux étant à peu près équilibrée. Cela va se traduire par une ponction équivalente sur les réserves de change. Ces dernières étaient de 144 milliards à fin décembre 2015. On devrait donc se retrouver à 115 milliards à peu en fin d’année 2016.  Le niveau du déficit actuel de la balance des paiements qu’on peut prolonger dans un scénario pessimiste nous donne donc deux à trois années de marge de manœuvre. 

La situation est plus défavorable évidemment sur le plan budgétaire. Cette situation transparait dans le budget de 2016 et les prévisions de la loi des finances pour 2017. Pour 2016, les statistiques disponibles montrent un solde global des opérations du trésor, que nous pouvons assimiler au déficit budgétaire, de 1768 milliards de DA à fin juin 2016. Ce déficit est basé sur une évaluation des recettes de fiscalité pétrolière prenant comme prix de référence 37$/B. Mais le prix moyen effectif  sera sans doute autour entre 45 et 50$, ce qui correspond à 10$ au-dessus du prix de référence. Sur la base du prix effectif, et de la fiscalité pétrolière recouvrée, on devrait avoir un déficit budgétaire réel approchant les 3000 milliards de DA pour l’ensemble de l’année 2016. Ceci constituerait 16% du PIB à peu près. Ce déficit devrait être financé en très grande partie par des prélèvements du fonds de régulation des recettes, l’emprunt national et en proportion beaucoup moins importante  par des ressources bancaires et non bancaire.  On voit donc que la situation budgétaire est autrement plus préoccupante que celle de la balance des paiements. 

Le projet de loi des finances pour 2017 prévoit une importante baisse du budget d’équipement, mais un budget de fonctionnement en hausse relative (7%). Le déficit budgétaire reste encore important, mais les prévisions du ministère tablent principalement sur FRR qui à la fin de l’année 2017verra ses ressources pratiquement asséchées.

Evolution du budget de l’Etat de 2016 à 2017
  2016 2017
Recettes 5264 5635,5
FP 2200 2 200
FO 2722 2845
Autres 342 591
Dépense 7983 6883
F 4807 5918
E 3176 2291
Déficit -2 719 -1247,5

2016 estimation, 2017 : projet de loi des finances

Un élément important est l’impact de la baisse des dépenses budgétaire sur la croissance. Pour se prononcer il faudrait examiner les budgets de la loi des finances de 2017 de manière plus détaillée, parce que d’une part la répartition sectorielle est importante et d’autre part dans certains cas les dépenses sont un simple jeu d’écriture. Mais jusqu’à présent ce détail n’a pas été publié.

Un autre élément important à souligner est que le financement de ce déficit ne semble pas trop s’appuyer sur le financement bancaire, ce qui aurait pu créer un effet d’éviction sur le financement des entreprises. Il faut souligner toutefois qu’à terme ce débat risque de ressurgir, les ressources du FRR devant s’épuiser à fin 2017. A partir de 2018, il faudra sans doute arbitrer entre croissance et inflation. 

Mais, aussi bien du point de vue de la balance des paiements que du budget, il reste une marge de manœuvre importante dans l’endettement. La dette extérieure et la dette publique sont faibles, soit respectivement moins de 3% et de 10.% du PIB. Ces deux marges de manœuvre pourraient être utilisées pour appuyer un mouvement de restauration des équilibres à moyen terme.

Un taux de chômage stable ?

Les derniers chiffres disponibles sont les résultats de l’enquête emploi d’avril 2016. Ils indiquent un taux de chômage de 9,9%. Ce taux est en recul par rapport à celui d’octobre 2015 (11,2%) et celui d’octobre 2014 (10,6), mais sensiblement égal à celui d’avril 2014 (9,8%). Il semblerait donc que contrairement à ce qu’on pouvait craindre, il y a eu une certaine stabilisation du chômage. Ceci est cohérent avec le maintien de la croissance après  2014. L’interprétation des chiffres disponibles s’avère toutefois un peu difficile.

Ces chiffres, qui résultent en effet d’une enquête auprès des ménages, montrent des fluctuations très importantes de la population active ou de l’emploi dans certains secteurs, ou bien une stabilité d’une année à l’autre qu’on n’arrive pas à expliquer. Conjugué à l’incertitude propre aux enquêtes, on aboutit à la conclusion qu’on ne connait pas vraiment l’évolution récente du marché du travail. Il faut noter aussi qu’il s’agit de la seule source disponible sur le marché du travail.

Dans l’ensemble la conjoncture fait apparaitre le maintien d’une croissance relativement élevée, avec un taux de chômage stable, et une inflation, qui même si elle s’est accélérée, demeure pas trop élevée, malgré une importante dépréciation du DA. 

Le jugement sur le défict élevé de la balance des paiements doit tenir compte du fait que les réserves de change restent relativement importante et que l’endettement extérieur de l’Algérie reste faible. Des marges de manœuvre existent aussi sur un plan plus structurel dans l’investissement direct ou les exportations hors hydrocarbures.

Le déficit budgétaire est lui plus préoccupant car les échéances sont immédiates. Le financement par le FRR est en train de s’épuiser.  Mais là aussi le jugement qu’on doit porter  doit aussi tenir compte du fait que la dette publique est plutôt faible pour le moment, et qu’elle pourra devenir un levier important le moment venu. Il est clair toutefois qu’il faut une rupture avec l’ancienne politique