Traditionnellement il y a deux secteurs de l’économie algérienne dont la production fluctue très fortement : l’agriculture et les hydrocarbures. Au cours de 2016, ils ont presque évolué en sens opposés. La croissance agricole a été plutôt faible alors que celle des hydrocarbures a été très importante : 2,1% et 6,1% respectivement. Deux autres secteurs se sont plutôt bien tenus, l’industrie et le BTP. Particulièrement ce dernier si on tient compte du fait qu’il est fortement lié à la demande publique qui, elle, était en berne. La faible croissance des services non marchands, c’est-à-dire les services de l’administration, (1,2%), et dont la valeur ajoutée correspond aux salaires des fonctionnaires a fortement contribué à ralentir la croissance d’ensemble. Cette croissance apparait bien faible, surtout comparativement aux périodes antérieures. Les services non marchands contribuant pour 24% au PIB, Il n’est pas étonnant que ce taux ait fortement ralenti la croissance d’ensemble, la faisant passer à 3,5%. Il est à craindre que cette tendance d’une faible croissance dans les services non marchands persiste avec la stagnation des effectifs de fonctionnaires, sinon leur baisse, si on tient compte des départs en retraite, de la faiblesse des recrutements, et sans doute aussi de la stagnation des salaires.

Dans les services marchands, bien que la croissance y a été appréciable (4%), elle reste en deçà des taux atteints dans le passé. Nous observons un décrochage en 2015, où elle est passée de 8,1 à 5,3. Une seconde baisse intervient en 2016 à 4%. Cette baisse du taux de croissance des services peut s’expliquer par plusieurs raisons. L’activité du transport de marchandises est liée bien évidemment au volume de la production et des importations. De ce point de vue même si la production matérielle (agriculture et industrie hors électricité, gaz et eau) a connu une hausse elle reste relativement modique par rapport à la dynamique passée. Il en est de même du volume du commerce extérieur hors hydrocarbures qui aurait plutôt stagné. Concernant le transport de voyageurs l’augmentation de l’activité a été plutôt modeste au niveau international alors qu’au niveau interne la forte croissance des prix pourrait avoir pesé sur le volume des déplacements. Concernant le secteur commercial, l’évolution de sa valeur ajoutée 3,8, reflète aussi une évolution de l’activité et de la consommation moins importante que celle des années passées. 

 

Quelle pourrait être l’évolution pour 2017 ?

S’il est difficile d’anticiper précisément l’évolution de la production agricole en 2017, il est possible quand même d’anticiper qu'elle augmentera, ceci en raison des conditions climatiques qui ont été relativement favorables, et des progrès réalisés dans les zones de cultures irriguées, ainsi que de la modicité des résultats de l’année passée. Concernant les hydrocarbures, il est difficile de se prononcer, malgré la forte croissance en volume des exportations au cours du premier trimestre 2017. La production est en effet limitée par les capacités de production ainsi que le dernier accord sur les limitations de production avec les pays non OPEP pour ce qui concerne le pétrole brut. Les autres secteurs d’activité sont quant à eux limités par la demande interne. 

Dans cette demande, il faut bien évidemment compter en premier, la stagnation de la demande publique. En 2017, les dépenses de fonctionnement devraient passer de 4591 milliards de DA réalisés en  2016 à des prévisions de 4592 dans la loi des finances 2017. Alors que celles d’équipement passeraient de 2792 milliards de DA à  2291. En soulignant que le tiers à peu près dans chaque cas correspond à des opérations en capital, c’est-à-dire qu’elles ne correspondent pas à des opérations physiques mais financières, telles que la reprise de dettes des entreprises publiques ou la recapitalisation des banques publiques.

S’il y a donc accroissement de la production ce serait du seul fait d’une dynamique « hors budget » pourrait- on dire. Côté BTP, il faudrait par exemple qu’il y ait une dynamique de construction, notamment dans le logement qui soit conséquente. Cela semble extrêmement difficile. Dans l’industrie il faudrait qu’une croissance importante de la demande survienne et que, surtout, elle se reporte sur l’offre interne et non les importations. Les deux hypothèses semblent difficiles à soutenir. Enfin, comme nous l’avons vu plus haut, le secteur des services est entrainé par les autres secteurs. En outre même si les croissances de l’agriculture et des hydrocarbures s’avéraient importantes, la croissance d’ensemble pourrait rester faible en raison du fait que la contribution des hydrocarbures au PIB a fortement diminué avec la chute des prix pétroliers et que celle de l’agriculture reste modeste.

En conclusion tout porte à croire que la croissance en 2017 ne sera pas élevée, même si les croissances dans l’agriculture ou les hydrocarbures l’étaient. 

Il y a évidemment des conséquences sur l’emploi. Comme on le disait plus haut l’évolution de l’emploi dans l’administration sera sans doute faible sinon négative tenant compte des départs en retraite. Dans l’agriculture, et dans les hydrocarbures, les créations d’emploi sont généralement faibles, même quand la croissance y est importante. Dans les autres secteurs d’activité, la faible croissance de la production qu’on peut anticiper, ainsi que la tendance d’une évolution positive de la productivité du travail porteraient à penser que la croissance de l’emploi pourrait aussi y être plutôt faible.  On va sans donc sans doute assister à une augmentation du taux de chômage.