L’inflation  du mois de février 2020, en glissement annuel,  avec 1,9% s’est inscrite dans la tendance des mois précédents. Cette tendance a été acquise à partir du mois de mai 2019. Plus précisément on note une évolution par paliers, avec une baisse du taux d’inflation moyen à chacun d’eux. Du début 2015 jusqu’à mai 2017, on  observe un taux moyen très élevé, de 5,9% (moyenne des glissements annuels). Le palier passe ensuite à une moyenne de 4,5% jusqu’à novembre 2018. Enfin à partir de novembre 2018 jusqu’à la fin février 2020 cette moyenne passe à 2%.  

Le ralentissement du rythme d’inflation est déterminée fortement par la tendance des prix des produits agricoles frais. La croissance des prix de ces produits s’est en effet considérablement réduite à partir de la mi 2018. Le plus souvent cette croissance a même été négative. 

 

Le rythme des produits agro-industriels, a été lui aussi considérablement ralenti, comparativement aux autres produits industriels ou aux services.  A l’inverse, le rythme d’augmentation des prix des produits manufacturés non alimentaires et celui des services, eux, se sont situés à une moyenne de relativement élevée 4%, depuis pratiquement début 2018. 

Le rythme d’inflation globale ne semble pas correspondre au rythme élevé auquel on s’attendait lorsque le recours au financement conventionnel avait été adopté à la fin 2017. Plusieurs phénomènes expliquent ce paradoxe. En premier le recours au financement monétaire ne semble pas avoir été aussi important que prévu. En deuxième, même lorsqu’il y a été fait recours il y a eu des phénomènes de stérilisation (le multiplicateur monétaire ne joue pas) qui ont limité la croissance de la masse monétaire. En troisième, un des canaux, le taux de change, par lesquels se transmet l’inflation a été pour ainsi dire neutralisé, celui-ci étant resté pratiquement constant sur toute la période.  Ce n’est que tout récemment qu’on a observé un glissement du DA. En quatrième la hausse de la production agricole a ralenti fortement l’inflation globale comme on l’a vu précédemment.  Enfin  l’actualisation des poids des produits  dans l’indice aurait sans doute donné des rythme d’inflation plus élevés.  Ces différentes raisons devraient bien entendu être explorés. Nous reviendrons plus en détail à ce sujet dans nos prochaines éditions.

A court terme, toutefois, il est clair que la crise sanitaire qui s’est installée chez nous à partir de la mi-mars a dû considérablement modifier ce tableau. En dehors des produits alimentaires dont la consommation a connu une hausse importante due notamment au stockage, la demande des autres produits a dû considérablement baisser.  Cette tendance doit se poursuivre jusqu’à la fin du confinement.  Par la suite, les risques d’inflation sont certains pour de nombreuses raisons. En premier parce-que les revenus salariaux ont été maintenus dans la plupart des cas sans contrepartie en production. En deuxième, du fait que le DA a entamé une baisse qui va se répercuter sur les prix internes. Enfin, et sans doute le plus important,  pour aider les entreprises et les ménages à traverser la période de la crise sanitaire, ainsi que la crise pétrolière, l’Etat devra sans doute recourir en partie au financement monétaire. De la même manière, la Banque d’Algérie a déjà mis en place des mécanismes de financement des entreprises qui vont certainement se traduire par une croissance importante de la masse monétaire, dans un contexte de baisse de la production.  Nous reviendrons bien entendu sur ce sujet.