Comme on pouvait s’y attendre, l’inflation a été très modérée au cours du mois d’avril.  Les achats se sont limités aux produits alimentaires. La plupart des commerces des autres biens sont restés fermés, ainsi que la plupart des services. Cela se voit clairement dans l’évolution de l’indice par groupes de produit de mars à Avril. Les prix de quatre groupes n’ont subi aucune variation.  Les autres groupes ont vu leurs prix évoluer  de manière différente. La plus élevée est celle du groupe alimentation et boissons.  Ce dernier, s’il se maintenait sur 12 mois aboutirait à une augmentation des prix de 6,5%. C’est aussi le cas  du groupe meubles et article d’ameublement, mais à un degré beaucoup moindre les services d’éducation et loisirs et le groupe divers. Respectivement, 0,21 et 0,17% entre Avril et Mars 2020.

L’évolution par catégorie de produit, montre clairement que l’évolution du mois d’avril, par rapport à mars, est imputable aux produits alimentaires. Les produits agricoles frais de 0,6% et les produits alimentaires industriels de 0,46. La hausse des prix des produits manufacturés s’est limitée à 0,13%. Alors que les prix des services ont stagné. Cette évolution est directement liée au confinement qui montre que le seul marché actif est celui des produits alimentaires (frais ou manufacturé).  Un certain nombre d’activité peu touchées par le confinement (électricité, gaz, eau, carburant, pharmacie, postes et télécommunications) sont caractérisées par la stabilité de leurs prix sur de longues périodes.  L’évolution relativement forte des produits alimentaire industriels s’explique par la crainte de pénuries, qui accroit d’autant la demande, tout au moins momentanément. Pour les produits agricoles frais, dont les prix habituellement étaient stables ou même baissaient,  la hausse pourrait s’expliquer par les difficultés rencontrées pour les récoltes et le transport et sans doute aussi par une concurrence réduite du fait d’une mobilité réduite des consommateurs.

 

 

 

Pour le mois de mai, ces tendances se sont sans doute accentuées avec le ramadhan, où les prix des produits agricoles ont augmenté et se sont maintenus à des niveaux élevés. Les prix des autres produits devraient avoir stagné.  Ce sera sans doute la même tendance que nous allons constater en partie au mois de juin. 

 Les véritables tendances de l’inflation n’apparaitront qu’à partir du mois de juillet après le confinement.  La consommation des ménages, même si elle va augmenter par rapport au niveau qu’elle aura connu de la fin du premier trimestre jusqu’à mi-juin, va quand même être moindre que l’année passée pour la même période en raison de la chute des revenus des ménages. Ceci devrait bien entendu induire une inflation modérée sinon une chute des prix. Deux éléments vont toutefois agir en sens opposé. En premier la dépréciation du DA qui va se répercuter sur les prix des produits importés. En deuxième le mode de financement du déficit des opérations du trésor. Un financement monétaire soutiendra les prix.  La loi des finances complémentaire prévoit en effet un déficit des opérations du trésor de 2954 milliards de DA ; ce qui correspond à près de 15 % du PIB de 2019. Il y a plusieurs modalités de financement de ce déficit qui ont des impacts différents sur l’inflation : endettement extérieur, emprunt auprès des agents nationaux, financement monétaire.  Un financement monétaire devrait avoir pour conséquence une hausse des prix, toutes chose égales par ailleurs. Toutefois, dans notre cas, cette hausse pourrait être limité en raison du fait que les capacités de production sont sous utilisées du fait de crise sanitaire. Mais on ne sait pas non plus à quel degré la crise sanitaire peut avoir eu aussi comme impact la destruction de capacités de production. C’est précisément pour éviter cette destruction de capacités de production que nous avions suggéré un important soutien aux entreprises.  Beaucoup plus important  qu’il n’a été fait.