En 2013, les revenus primaires (rémunération des salariés et excédent brut d’exploitation) des ménages et entrepreneurs individuels, c’est-à-dire les ménages, les indépendants et toutes les petites entreprises dont la gestion n’est pas vraiment distincte de celle du ménage qui la détient, ont atteint 8900 milliards de DA environ. Ce montant a représenté quelques 54% du PIB (produit intérieur brut).

Ce revenu comprend deux composantes approximativement égales : la rémunération des salariés et les revenus des entrepreneurs individuels et des indépendants. Près de 60% de la rémunération des salariés sont versés par l’administration. Ce taux a cru progressivement depuis 2008 où il se situait à 50%. La raison de cette augmentation est imputable au fait que l’administration reste une grande pourvoyeuse d’emploi et aussi parce que les salaires y ont crû fortement entre 2010 et 2012.

 

En plus de ces revenus, les ménages paient et reçoivent des loyers, des intérêts, des cotisations et des prestations sociales, des primes d’assurances et des indemnités d’assurances, et bénéficient aussi de transferts.  En 2012, toutes ces opérations se sont soldées par -188 milliards de DA, en défaveur des ménages. Si on suppose un même rapport de ce solde aux revenus primaires en 2012 et 2013, nous aurons pour 2013 un revenu disponible des ménages et entrepreneurs individuels,  de 8700 milliards de DA. 

La consommation finale des ménages en 2013 a été de 5770 milliards de DA, ce qui laisse une épargne brute de 2930 milliards de DA. Cela représente un taux d’épargne  de 33,6% qui est très élevé.  L’investissement des ménages (logement) et des entrepreneurs individuels (investissement productif) est relativement faible : il était de 860 milliards en 2012 pour une épargne de 3052 milliards. Au total on devrait avoir en 2013, une capacité de financement des ménages qui dépasserait les 2000 milliards de DA.  Cette capacité de financement se place essentiellement en monnaie (fiduciaire, dépôts à vue ou à terme), à un moindre degré en achat d’or et encore moins en actions et obligations.  

 

Pour partie le taux d’épargne élevé témoigne surtout du fait  que les prélèvements obligatoires sont peu élevés. En 2012, les impôts directs ne totalisaient qu’un peu plus de 7% des revenus primaires et les cotisations sociales un peu plus de 8%. Ceci moins parce que les taux théoriques de prélèvement  seraient faibles, que parce que une bonne partie des revenus échappe aux prélèvements de droit (exonérations) ou de fait (évasion fiscale ou parafiscale). Les ménages bénéficent en outre de transferts importants au titre du budget de fonctionnement (465 milliards de DA en 2012) ou sous une forme qui n’apparait pas au budget, par exemple lors de la cession de logements ou de terrains publics.

Le taux d’épargne est élevé aussi  parce que d’une part la consommation de fonds fixe (amortissement des investissements productifs) n’est pas déduite des revenus des entrepreneurs individuels. On devrait aussi opérer une meilleure séparation entre entrepreneurs individuels et ménages.  Car dans la réalité, même si la très grande majorité des entreprises algériennes sont de petite taille (moins de 10 salariés), dans une assez forte proportion, il y a établissement d’une comptabilité séparée pour l’entreprise qui dès lors devrait rentrer plus  dans la catégorie SQS (sociétés et quasi société) qu’entrepreneurs individuels.

Une troisième raison maintient sans doute aussi le taux d’épargne à un niveau élevé. Il s’agit de l’absence de possibilités d’endettement pour l’acquisition de biens durables.

Si on tenait compte de ces phénomènes, on se rapprocherait sans doute de taux d’épargne plus classiques.

Mais les emplois rudimentaires de cette épargne témoignent aussi de marchés de produits  d’investissement pas très dynamiques. En premier ceux des terrains et des logements qui restent peu fournis.