Il est difficile de se faire une idée précise du nombre d’entreprises en Algérie.  Il faut d’abord exclure les exploitations agricoles non enregistrées au CNRC. Ces derniers devraient être cernés par la chambre nationale d’agriculture à partir des adhérents aux chambres de wilaya. Il est toutefois difficile de mener des analyses à partir de cette seule source dans la mesure où nombre d’exploitants agricoles, de plus ou moins grande importance, n’adhèrent pas aux chambres.  Seul le recensement agricole permet, théoriquement, de bien cerner le nombre d’exploitants.  La question est tout aussi problématique concernant la pêche et l’aquaculture.

Hors agriculture et pêche, les entreprises existent sous divers statuts. La proportion  la plus importante relève évidemment du CNRC (Centre National du Registre de Commerce).  Mais la proportion qui relève d’autres statuts est loin d’être négligeable. IL y d’abord les professions libérales. Elles relèvent de différentes  catégories. Nous pouvons citer sans être exhaustif :
-    Médicales : chirurgiens, médecins, sages-femmes, dentistes, vétérinaires
-    Juridiques : avocats, défenseurs de justice traducteurs
-    Charges et offices : notaires, huissiers, commissaires-priseurs
-    Techniciens : experts comptables et comptables agréés, architectes, ingénieurs-conseils, agents commerciaux, photographes, agents d'assurance et assureurs libres, conseils juridiques et fiscaux, mandataires et représentants libres

Ces professions disposent généralement d’un ordre professionnel. Le professionnel est tenu d’y adhérer après avoir obtenu son agrément, sa licence ou son autorisation d’exercer. Cette dernière est généralement délivrée par l’administration (centrale ou de wilaya) dont relève l’activité. 

L’exercice de l’activité d’artisan, à titre d’indépendant, c’est-à-dire sans employer de travailleurs salariés, ne nécessite pas non plus d’inscription au CNRC, mais l’adhésion aux chambres d’artisanat.

L’exercice de l’activité de transport par taxi est subordonnée seulement à la licence et ne nécessite pas non plus d’être inscrit au CNRC.

Enfin diverses autres activités peuvent être exercées  avec une autorisation administrative (licence, agrément…).

Du point de vue des services statistiques, de la comptabilité nationale ou de l’analyse économique, l’ensemble des entités précédentes sont  des entreprises.

Malgré l’importance numérique et économique de toutes ces entreprises, nous n’avons aucune statistique centralisée qui les reprend en tant que telles afin d’avoir une vision d’ensemble de la population des entreprises.

Concernant les entreprises inscrites au CNRC, ce dernier donne régulièrement  le nombre d’entreprises par activité et par statut, ainsi que les créations de l’année. Il existe un fichier du CNRC, reprenant l’ensemble de ces entreprises.  Les activités sont codées suivant une nomenclature propre au CNRC. Il y a une table de passage de la nomenclature du CNRC à celle de l’office national des statistiques (NAA, nomenclature algérienne des activités).

L’ONS (office national des statistiques), devrait normalement détenir un fichier de l’ensemble des entreprises non agricoles. En fait le répertoire national des entreprises est limité aux entreprises apparaissant au fichier du CNRC ainsi que les établissements publics exerçant une activité économique.

Le fichier du CNRC pâtit d’un problème important qui rend les statistiques sur la population d’entreprises de ce fichier peu fiables. En effet, il faut savoir qu’il ne décrit pas la population des  entreprises de la période où il a été élaboré, mais simplement la liste des registres de commerce délivrés qui n’ont pas fait l’objet d’une demande de radiation. Et c’est bien ce qui crée tout le problème. Pour différentes raisons, une proportion importante d’entreprises qui ont arrêté leur activité, ne se font pas radier du CNRC. On verra ci-dessous que cette proportion est vraiment importante puisqu’on peut l’estimer à la moitié. Par ailleurs un problème technique aux conséquences parfois importantes peut surgir dans l’utilisation du fichier du CNRC. Celui-ci classe en effet l’entreprise dans l’activité couverte par le premier code qui apparait dans son enregistrement. Lorsque l’entreprise a des activités très diversifiée son classement peut donc amener à sous-estimer la population des entreprises dans les activités omises.

Le fichier du CNRC constitue la base principale du répertoire des agents économiques de l’ONS.  Mais ce dernier n’est mis à jour qu’à la marge, à l’occasion d’enquêtes avec des échantillons de taille incomparable par rapport à la taille du répertoire.  De fait donc, il pâtit des mêmes défaillances que le fichier du CNRC.

Il faut savoir qu’un recensement économique a été réalisé en 2011. Celui-ci devrait nous donner normalement l’ensemble des entreprises non agricoles existantes à la période où il a été réalisé. Si cela avait été le cas, sa mise à jour partielle avec les nouvelles créations au CNRC (donc hors professions libérales ou autres) aurait été possible. Il existe des écarts importants entre les chiffres du recensement et ceux du CNRC. L’ONS lui-même attire l’attention sur ces écarts . Ainsi pour le transport, le recensement économique, recense 82.828 entreprises contre 300.659 dans le fichier du CNRC. De même, dans le secteur de la construction, le recensement économique  a donné 9117 entreprises, contre 169.196 dans le fichier. Dans le premier cas (transport) l’ONS  a argué du fait qu’il a été difficile de saisir une grande proportion d’entreprises car : « difficilement cernables en l’absence d’un local ». Pour le BTP,: « les entrepreneurs privés exerçant dans la construction, disposant d’un registre de commerce mais pas de lieu fixe pour l’exercice de leur activité, n’ont pu être enquêtés. IL s’agit principalement des tacherons (maçon, plombier, électricien, peintre, carreleur, etc.) ».  Ici aussi il y a évidemment un problème de champ.  En outre l’argument est quelque peu fragile quand on sait que la CACOBATP (Caisse National des Congés Payés et du Chômage Intempéries du BTPH), donnait pour cette période près de 60.000 entreprises cotisantes. Il ne s’agit donc pas simplement des tâcherons mais d’entreprises employant au moins quelques salariés. Enfin, l’activité donnée au recensement peut être très différente de ce qu’il en est réellement.  C’est ce que nous enseigne une utilisation du fichier comme base de sondages dans un certain nombre d’enquêtes statistiques auprès des entreprises réalisées à ECOtechnics.

Un certain nombre d’organismes centralisent les informations relatives aux entreprises. Nous venons de citer la CACOBATPH, mais il y a aussi la CNAS pour les entreprises affiliées en tant qu’employeurs. Il y a aussi la CASNOS pour les propriétaires ou gérants d’entreprises privées. Malheureusement ces fichiers ne sont pas accessibles et depuis quelques années ces organismes ne publient même pas les chiffres consolidés relatifs aux populations adhérentes. Notons que dans le cas de la CNAS, il y a malheureusement un problème de comparabilité. Les établissements d’une même entreprise, se trouvant dans des wilayate différentes, sont considérés comme autant d’employeurs. A noter que ce problème se pose aussi par moment dans le fichier du CNRC.

Les ordres professionnels ne publient pas non plus les chiffres sur leurs membres. Il en est de même des associations professionnelles.

Il faut noter qu’un certain nombre d’organismes commercialisent des annuaires sectoriels et autres. Ces annuaires, outre qu’ils sont généralement très incomplets, et non mis à jour, ont aussi le défaut d’utiliser des nomenclatures ad-hoc, qu’on peut difficilement rapprocher des nomenclatures nationales (NAA, CNRC etc…). On peut par exemple trouver dans l’industrie agro-alimentaire des distributeurs de produits agro-alimentaires.

Le problème des nomenclatures spécifiques se retrouve aussi chez des organismes comme la CNAS ou la CASNOS.

Enfin, il faut noter que certaines autres sources pourraient être utilisées pour cerner la population des entreprises. Une des plus importantes pourrait être la Sonelgaz.  Mais avec plusieurs inconvénients. En effet, depuis sa restructuration, la distribution est éclatée entre plusieurs filiales. Il n’y a donc plus de fichier unique. En outre on achoppe ici aussi sur le fait qu’un individu dans le fichier est l’abonné et non l’entreprise. L’entreprise ayant plusieurs établissements va donc apparaitre comme autant d’abonnés.

Au bout du compte on se retrouve assez démunis pour cerner de manière un tant soit peu rigoureuse la population des entreprises. C’est pour cela que les données fournies par une des enquêtes de l’ONS, l’enquête emploi auprès des ménages, revêt beaucoup d’intérêt. Cette dernière est réalisée auprès des ménages et il est demandé aux employeurs et indépendants un certain nombre de caractéristiques de leur établissement.  Nous allons donc décrire ces variables pour 2013. C’est la dernière année pour laquelle nous disposons du rapport  détaillé de l’enquête. Nous ferons ensuite le rapprochement avec les données de certains fichiers nationaux.

L’enquête emploi a estimé, pour 2013, 3.117.000 établissements, que nous identifierons à autant d’entreprises. On suppose donc que les entreprises détenant plusieurs établissements ne sont pas importantes en proportion de l’ensemble. Au sein de cette population, il faut distinguer les établissements des employeurs et indépendants du secteur agricole, au nombre de 535.000. Hors agriculture nous avions ainsi 2.583.000 établissements.  Par forme d’enregistrement, nous avons la répartition suivante.

Répartition des entreprises non agricoles selon leur forme d’enregistrement en 2013
Forme d’enregistrement  Nombre
CNRC 770
Autorisation administrative 300
Autre 71
Non enregistré 1444
Total 2585

Unité : milliers Source : ONS (enquête emploi 2013)

Ce sont aussi 1.141.000 entreprises qui  déclarent une forme d’imposition. Elles correspondent exactement à celles qui sont enregistrées.

 

Nous pouvons donc considérer qu’il y avait en 2013 environ 1.141.000 entreprises privées algériennes hors agriculture dans le secteur formel et 1.444.000 dans le secteur informel.

Un chiffre qui attire l’attention, ici, est celui des employeurs et indépendants se déclarant enregistré au CNRC, et qui est de 770.000. Ce chiffre est à l’évidence très éloigné de celui donné par le CNRC et qui était de 1.620.000 pour les personnes physiques et 180.900 pour les personnes morales. Cette remise en cause des chiffres du CNRC ne vient pas seulement de l’enquête emploi, mais aussi du recensement économique, même si comme on l’a dit plus haut, le recensement économique n’a pas cerné une proportion importante des entreprises, notamment celles dont la localisation était peu visible. Le recensement économique de 2011 donnait en effet moins de 1.000.000 entreprises.

L’enquête emploi donne l’évolution suivante depuis 2009

Evolution du nombre d’entreprises depuis 2009
Forme d'enregistrement 2009 2010 2011 2012 2013
CNRC 670 675 687 696 770
Autorisation administrative 248 304 220 235 300
Autre 65 101 112 93 71
Rien                    1237 1290 1377 1355 1444
Ensemble 2220 2370 2396 2379 2585

Unité : milliers
Sources : enquêtes emploi ONS

Ces données montrent une évolution beaucoup plus modeste que celle que montre le CNRC :

Evolution du nombre d’entreprises au CNRC
  Stock Evolution
  Personnes Physiques Personnes Morales Personnes Physiques Personnes Morales
2009 1264 148 61 9
2010     1325 157 113 4
2011 1439 161 97 9
2012 1536 170 84 11
2013 1620 181 61 9

Unité : milliers
Sources : CNRC

Même si le fichier du CNRC n’est pas mis à jour, les créations ne posent pas de problèmes particuliers pour être cernées. Elles correspondent tout simplement aux nouveaux registres de commerce délivrés dans une période. Un autre problème est de cerner les cessations d’activité. Comme nous l’avons souligné plus haut c’est précisément celles-ci qui posent problème pour la mise à jour du fichier du CNRC.  Nous devrions donc constater, en réalité une évolution beaucoup moindre que celle qui apparait ci-dessus.  Par ailleurs, il faut noter que les données de l’enquête emploi étant justement issues d’une enquête, il y a nécessairement une incertitude sur les résultats.  Pour 2013, un intervalle de confiance à 95% pour le nombre d’employeurs et d’indépendants, assimilés ici, à des entreprises est 3.117.000 plus ou moins 127.000. Cela veut dire d’une part que les fluctuations observées d’une année à l’autre pour le nombre d’inscrits au CNRC ne sont pas anormales et que d’autres part, les évolutions des créations au CNRC, ajustées des vraies chiffres des fermetures ne seraient pas contradictoires avec les estimations de l’enquête.

Quoi qu’il en soit cela nous serions sur un nombre d’entreprises formelles non agricoles de 1.200.000 environ. Ce caractère formel étant défini par l’imposition sous une forme ou une autre. Sur ce nombre, 800.000 environ disposeraient d’un registre de commerce. Le reste serait constitué des professions libérales, des artisans ou d’autres activités (taxis et autres.).

Il y aurait en outre un peu moins de 1.500.000 « entreprises informelles », au sens où elles n’auraient aucune forme d’enregistrement et bien évidemment ne sont pas imposées et ne sont pas affiliées à la sécurité sociale.