Au cours de l’année 2013, l’investissement (ABBF, ou FBCF des comptes nationaux) en Algérie avait atteint 5638 milliards de DA. Notons que sur la période 2000-2013, il a crû, en volume, de 7,4%/an.

Le taux d’investissement a été élevé tout au long de la période.  Longtemps contenu dans des valeurs relativement fréquentes, soit entre 22 et 26%, il augmente rapidement à partir de 2007. Cette année-là, il atteint 29%, pour se situer systématiquement au- dessus de 30% ensuite, avec un pic à 38% en 2009. L’investissement de l’Etat va en effet y prendre une grande place, l’explosion des recettes pétrolières dopant les dépenses publiques, particulièrement le budget d’équipement. La part de l’investissement public dans l’investissement total  passe ainsi de 44% en 2000 à 53% en 2012, avec un pic de 57% en 2008.

Le graphique ci-dessous montre bien les évolutions différenciées des investissements des différents agents économiques.

 

Malgré la forte croissance du budget d’équipement, l’investissement des sociétés et quasi-sociétés[1] , a suivi, surtout à partir de 2006, ou il s’est nettement accéléré. Ceci est dû essentiellement aux investissements du secteur des hydrocarbures et de l’énergie.

En 2012, l’investissement des SQS  a été de 1678 milliards de DA, et celui des MEI de 648, soit, au total 2326 milliards de DA.

En 2012, les investissements du groupe Sonatrach ont été de 10,4 milliards de dollars et en 2011 de 12,2, soit  en dinars, 812 milliards et 953. Les investissements de Sonelgaz  n’ont pas été pas en reste.  Entre 2009 et 2012, ils ont été de 233 milliards de DA en moyenne. Ils ont atteint 408 milliards en 2013.

En 2012, si on déduit les investissements du secteur des hydrocarbures et de l’énergie de ceux des autres SQS, il resterait 648 milliards de DA. Les autres grandes entreprises publiques, Algérie Telecom, SNTF, Air Algérie, Algérie Poste ont aussi investi de manière importante quoique de manière inégale. Probablement entre 80 et 100 milliards de DA par an.

Les SQS restantes auraient ainsi investi quelques 550 milliards de DA en 2012. Ce montant est assez difficile à répartir.  Des entreprises publiques, ici aussi, doivent en avoir réalisé une bonne partie (mécanique, sidérurgie, matériaux de construction…).  Quelques entreprises étrangères hors du secteur des hydrocarbures réalisent aussi des montants importants, à commencer par les opérateurs de téléphonie.  Nedjma a réalisé 262 millions de dollars en 2012, soit environ 20 milliards de DA.  Un certain nombre de groupes privés nationaux, qu’on peut classer dans les SQS réalisent aussi des investissements relativement importants[2] .

Bien que l’investissement des ménages et entrepreneurs individuels[3]  paraisse modeste, il est en fait du même ordre de grandeur que celui des SQS lorsqu’on en enlève les hydrocarbures et l’énergie et quelques grandes entreprises publiques : 648 milliards de DA contre 633 pour celui des ménages et entrepreneurs individuels.

Sur la base des variations de crédit aux ménages et des statistiques de logements réalisés en auto-construction, on peut estimer l’investissement des ménages aux environs de 100 milliards de DA. Il resterait ainsi quelques 530 milliards de DA d’investissement des entrepreneurs individuels. Ceci est un montant relativement important. Ce n’est évidemment pas étonnant compte tenu du fait que plus de 95% des entreprises algériennes ne sont pas des sociétés[4].

Une question importante est comment se réalise le financement de cet investissement.

Voyons du côté du financement bancaire d’abord. Les crédits à l’économie ont varié de 572 milliards de DA en 2012. Ce montant semble être allé en totalité à l’investissement. En effet- la répartition des crédits par maturité montre que les crédits à CT n’ont pratiquement pas varié. 

Rapporté à l’ensemble de l’investissement des SQS et des MEI, le montant  des crédits à l’économie fait ressortir un taux d’autofinancement de près de 74%. Il est du même ordre de grandeur que celui qu’on retrouve dans de nombreux pays. Il cache toutefois des réalités très fortement différenciées.

Ce taux devrait en effet être beaucoup plus faible pour le secteur public que pour le secteur privé. 

Dans le secteur public certaines rares entreprises  doivent atteindre’ des taux d’autofinancement relativement élevé, mais dans la plupart des cas ce ne serait pas le cas. A commencer par Sonatrach dont l’Etat draine une bonne partie des revenus (redevance, IBS, dividendes…).  La situation financière de Sonelgaz aussi ne permet pas d’avoir un taux d’autofinancement élevé. L’EBE du secteur de l’eau et de l’énergie était de 72 milliards en 2012, ceci avant le paiement du service d’une importante dette. Il en est de même de la plupart des entreprises publiques. Lorsque leur excédent brut d’exploitation apparait consistant, il faut en déduire l’IBS lorsque son bénéfice est positif et déduire aussi le service de la dette.

Au sein du secteur privé, le taux d’autofinancement devrait être très élevé pour les MEI et moindre pour les SQS.  Selon les différentes enquêtes effectuées auprès des entreprises, l’accès au crédit des SQS privées pose dans beaucoup de cas des difficultés.  En outre, au sein de ce secteur la répartition des crédits serait assez concentrée.

Au sein des MEI  eux-mêmes l’accès au crédit est différencié suivant qu’on passe par un dispositif de création d’activité ou non. En dehors de l’accès par le biais des dispositifs, la répartition des crédits doit, ici aussi, être assez concentrée.

Au total, bien que la problématique doivent être appuyée sur plus de chiffres, les données disponibles suggère que le financement de l’investissement pose problème tant dans le secteur public que le secteur privé.  Plus en termes d’accès que de cout semble-t-il.

Les autres sources externes de financement du secteur de l’investissement sont assez peu utilisée (bourse, prises de participation…) semblent assez peu utilisées. Le recours limité à ces sources de financement est d’ailleurs tout aussi problématique du côté des offreurs, les ménages, pour lesquels les possibilités de placement sont très limitées.


  1. ^ Sociétés et quasi-sociétés : en comptabilité nationale, toutes les entreprises ayant un statut de société ou assimilable à ce statut par opposition aux entreprises individuelles. En raison du rôle qu’elles jouent dans le financement de l’économie les institutions financières sont distinguées des SQS.
  2. ^ Nous pouvons avoir une idée de cet investissement à  travers le volume des projets réalisés dans le cadre de l’ANDI sachant que les investissements dans les hydrocarbures et l’énergie ainsi que les mines ne font pas partie du champ de cette dernière. En moyenne ce sont 250 milliards de DA d’investissements qui sont réalisés dans le cadre de ce dispositif chaque année. Toutefois ce ne sont pas l’ensemble des investissements hors hydrocarbures et hors mines qui sont déclarés à l’ANDI. Par ailleurs, aussi bien les SQS que les entrepreneurs individuels peuvent figurer dans ce montant.  Il est donc difficile d’avoir une idée précise avec cette information.
  3. ^ La comptabilité nationale dénomme entrepreneurs individuels les entreprises qui n’ont pas la forme juridique de société.  Les entreprises  individuelles ne sont pas dissociées des ménages qui les possèdent.
  4. ^ La proportion la plus importante des entreprises immatriculées au CNRC ont un  statut de personne physique (plus de 90%). A côté de ces entreprises il y a les professions libérales, les artisans ou quelques autres professions comme les taxis par exemple.