Au mois d’avril 2014, le taux de chômage était estimé à 9,8% de la population active. Cette dernière était constituée de 11,7 millions de personnes.  Depuis 2009, ce taux est quasiment stationnaire autour de 10%.

De manière très schématique,  le taux de chômage résulte d’une offre de travail  et d’une demande qui se confrontent sur un marché, le marché du travail.

L’évolution de l’offre de travail, la population active, résulte  à moyen long terme de l’évolution démographique qui va déterminer le volume de la population en âge de travailler. Dans cette dernière, une certaine proportion ne va pas se porter sur le marché du travail, parce qu’elle ne peut pas travailler par exemple. Le taux d’activité des femmes, lui, bien qu’il augmente régulièrement est déterminé aussi par des facteurs sociaux (accès des femmes à l’espace public, travail domestique ou activité non marchande…). L’offre de travail dépend aussi de facteurs institutionnels (interdiction du travail des enfants, âge de départ à la retraite, limitation des heures de travail  sous différentes formes etc.). Elle dépend, bien évidemment aussi, du salaire : ainsi plus le salaire est élevé et plus une personne serait prête à travailler ou travaillerait plus (nombre d’heures, nombre de jours…). Une personne peut aussi ne pas accepter de travailler en dessous d’un certain salaire. Elle peut dépendre aussi, pour partie, de l’existence d’une demande de travail : si des opportunités de travail se présentent, des individus qui ne cherchaient pas à travailler auparavant, se porteraient sur le marché du travail. On le voit donc, les facteurs déterminant l’offre de travail sont nombreux.

Entre 2004 et 2013, la population active algérienne a crû au taux de 2,6%/an en moyenne.  Soit légèrement plus que la population en âge de travailler, qui elle a crû de 2%.  La différence est entièrement imputable à la population active féminine, particulièrement les tranches d’âge de 25 à 34 ans. Le taux d’activité féminine, rapport de la population active féminine à la population féminine en âge de travailler est de 16,3%. Chez les hommes, il est de 66,3%.  Encore que le taux d’activité féminine croît, mais à une allure plutôt lente. Il était de 14,9% en 2004. Comparativement à d’autres pays de la région, ce taux est très faible, surtout quand on tient compte du fait qu’il n’augmente que très lentement. En Tunisie et au Maroc,  en 2011, Il était respectivement de 25 et 26% selon les instituts nationaux de statistiques de ces pays.

 

L'activité féminine est d’abord liée au niveau d’instruction : plus le niveau d’instruction est élevé et plus le taux d’activité  l’est.  Il passe de 18,7% dans le secondaire à 48,4% dans le supérieur.  Les taux d’activité des femmes par âge indiquent que le taux est maximal juste à l’âge de la fin des études supérieures (25-29 ans) pour baisser ensuite avec l’âge au mariage et celui des naissances des enfants. Le taux d’activité est beaucoup plus stable chez les hommes. Le taux d’activité des femmes continue à refléter, tout au moins jusqu’à présent, la division sociale du travail entre les hommes et les femmes. La tendance constatée de l’augmentation du taux d’activité féminine va sans doute s’accélérer dans les prochaines années tenant compte du relèvement du niveau d’instruction des femmes en âge de travailler particulièrement le niveau secondaire ou supérieur.  Au cours des dernières années, il a augmenté d’un demi- point environ chaque année.

Mais même si on ne faisait que reconduire le taux de croissance de 2,6% de ces dernières années, cela nous ferait des arrivées nettes, chaque année sur le marché du travail de 300.000 personnes. Ceci correspond à quelques 400.000 primo-demandeurs chaque année.

Ce sont précisément ces primo-demandeurs qui alimentent le stock des chômeurs. En effet, la population des chômeurs est constituée majoritairement de primo-demandeurs. 

  Hommes Femmes Total
Décomposition des chômeurs selon qu’ils aient ou non travaillé précédemment
Chômeurs            825 325 1150
Ayant déjà travaillé     377 101 478
Primo-demandeurs            448 224 672

Unité : milliers
Sources : ONS

C’est chez les personnes les moins âgées que les taux de chômage sont les plus importants. A partir de 29 ans le taux se retrouve en dessous de 10% et baisse continument. Au total les chômeurs de moins de 29 ans sont quelque 770.000  sur les 1.150.000 chômeurs.

 

L’activité et le chômage des femmes revêtent beaucoup de spécificités par rapport à ceux des hommes .Le chômage touche beaucoup plus les femmes que les hommes : 14,2% contre 8,8%. Les femmes constituent 20% de la population active.  L’activité et le chômage des femmes s’expriment dans une zone géographique restreinte. Les femmes sont ainsi moins mobiles que les hommes : 12,1% seulement des chômeuses seraient prête à changer de wilaya pour trouver un emploi contre près de 70% chez les hommes.

Autant chez les femmes que chez les hommes, le taux de chômage est moins important chez les personnes sans instruction et jusqu’au niveau moyen. Il baisse  ensuite pour le secondaire pour remonter au supérieur.

 

Une caractéristique du chômage la plus préoccupante est la forte proportion du chômage longue durée. Ils seraient plus de 65% des chômeurs  qui seraient en chômage depuis plus d’une année et 46% le seraient depuis plus de 2 ans. En 2004, ces proportions étaient  respectivement de 60% et de 37%. De ce point de vue, il semblerait donc que la situation se soit quelque peu dégradée.

Jusqu’à présente, la situation se présentait de manière relativement favorable sur le marché du travail. Jusqu’à 2009 à peu près, la croissance du PIB hors hydrocarbures permettaient de répondre à la croissance de la population active et d’éponger une partie du chômage. A partir de cette date, les créations nettes d’emploi ne font qu’équilibrer la croissance de la population active.  Ceci à un moment où de nombreux dispositifs de soutien à l’emploi ont été utilisés et où l’emploi dans l’administration semble avoir explosé.  Le phénomène positif est que dans de nombreux secteurs, on a assisté à une croissance continue de la productivité. De ce point de vue, l’analyse des évolutions de la production et de l’emploi au cours de la période 2005-2013, montre une forte croissance de la productivité dans l’agriculture (10%/an) assez élevée aussi dans les services (2,3%/an) et beaucoup moindre dans l’industrie et le BTP (1%/an dans les deux cas). L’analyse de l’évolution des salaires hors agriculture et administration et leur mise en relation avec l’évolution de la productivité a montré toutefois qu’ils augmentaient beaucoup plus rapidement que la productivité.  Ce phénomène qu’il faut analyser de manière plus détaillée, agirait à l’encontre de l’emploi de deux manières. Parce qu’il alourdit les coûts unitaires de production, il réduit  la compétitivité ou bien les capacités de financement des entreprises concernées.  Il peut se traduire aussi, lorsque les choix technologiques le permettent par des choix plus capitalistiques. Dans les deux cas cela se répercuterait négativement sur la création d’emploi.

Les perspectives pour une baisse à moyen terme du taux de chômage semblent relativement faibles. En premier parce que la croissance de la population active reste importante se traduisant par un volume important de primo-demandeurs qui généralement sont défavorisés sur le marché de l’emploi. Les possibilités offertes par les dispositifs d’aide à l’emploi ou la création d’activité  semblent aussi avoir atteint leurs limites. L’évolution des salaires peut aussi agir contre l’emploi. Enfin, en dernier, mais non sans importance, la croissance hors hydrocarbures pourrait ralentir fortement  après 2015, avec une stagnation, sinon une baisse prévisible des dépenses publiques. Dans la mesure où la dépense publique a été jusqu’à présent le principal moteur de la croissance, ceci va évidemment se traduire de manière négative sur la croissance et par suite sur l’emploi.