Les données disponibles pour analyser la situation de l’emploi s’y prêtent assez mal. Le problème principal est constitué par les très fortes fluctuations de la population active et de la population occupée auxquelles on ne trouve pas d’explication (graphique 1).

 

En effet l’évolution de la population active est en très grande partie d’ordre démographique.  Dans une conjoncture économique positive il pourrait venir se rajouter une composante positive et inversement dans une conjoncture économique défavorable. Mais cette composante est en principe beaucoup moins importante que l’effet démographique, qui devrait se situer entre 2,5 et 3%. Le graphique 2 montre des taux se situant largement au-delà ou en deçà de cette valeur, même si la moyenne sur l’ensemble de la période est de 2,5%/an.

 

Ces fluctuations ne sont pas d’origine saisonnières. L’enquête emploi est  réalisée à peu près à la même période chaque année (septembre-octobre)[1]. Elles ne semblent pas dues non plus à des fluctuations de la conjoncture économique, dans la mesure ou sur la période 2004-2018 sur laquelle porte l’analyse,  on peut distinguer seulement deux périodes  de ce point de vue : 2004-2015 (niveau élevé d’activité) et 2015-2018 (activité beaucoup plus faible), alors que les fluctuations de la population active et de l’emploi sont présentes dans les deux périodes. Malheureusement nous ne pouvons pas approfondir l’analyse, la publication de l’ONS étant assez avare en détails.  Nous devons donc nous en contenter, en restant donc assez prudent.

En septembre 2018, dernière année disponible le taux de chômage se situait à 11,7 taux identique à celui de septembre 2017.

Tableau 1 : évolution de la population active et de la population occupée
  Pop. active Pop. occupée Pop. au chômage Tx de chômage Agriculture Industrie BTP Services
2017 12298 10858 1440 11,7 1102 1493 1847 6417
2018 12463 11011 1452 11,7 1067 1434 1774 6726
Accroissement 165 153 10 0 -35 -59 -73 309

Si on exclut les années aberrantes d’évolution négative, les années 2017 et 2018, sont les années où les créations nettes d’emploi ont été les plus faibles : 13.000 en 2017 et 153.000 en 2018. Cette faiblesse est renforcée par le fait que les créations nettes dans les secteurs ont été négatives dans l’agriculture, ce qui n’est pas exceptionnel, mais aussi et surtout dans l’industrie et le BTP.  Dans les services, l’ONS ne distingue pas entre services marchands et services non marchands. Ceci fait que nous ne pouvons pas juger de l’évolution dans les deux secteurs.

Les résultats précédents contredisent quelque peu ce qu’on  pouvait prévoir à partir de la croissance de la production. L’évolution de l’emploi est en effet corrélée positivement à l’évolution de la production. A moins d’avoir de fortes capacités inutilisées, les entreprises répondent à un surcroît d’embauche lorsqu’elles sont confrontée à une demande supplémentaire. Or, au cours des deux premiers trimestres 2018, la croissance dans les secteurs précédents, c’est-à-dire la hausse de la demande, est est loin d’avoir été négative.

Tableau 2 : croissances sectorielles en volume
  2017 1 T 2018 2 T 2018
Agriculture 1 4,5 8,9
Hydrocarbures -2,4 -2,4 -8,2
Industries 4,5 4,3 2,1
BTPH 4,6 4,7 3
Services marchands 4,1 3,4 2,6
Services non marchands 0,5 0 1,7
PIB 1,4 1,2 0,7

Quoi qu’il en soit de ces « incohérences » statistiques, il semble toutefois qu’à court terme, les prévisions sont plutôt orientées vers une faible croissance de la production  et donc une stagnation de l’emploi et  l’augmentation du taux de chômage. Dans l’administration, la recherche de la maitrise des dépenses budgétaires, qui apparait dans la loi des finances de 2019 va se traduire par une très faible création nette d’emplois, alors que le ralentissement de la dépenses publique, va engendrer un ralentissement de la croissance dans les différents secteurs d’activité, hormis les hydrocarbures et l’agriculture. Ce ralentissement va concerner en premier lieu le BTP, ou une très grande partie de la demande provient de l’administration, mais aussi les autres secteurs d’activité par un effet multiplicateur. Dans les hydrocarbures l’évolution de la demande dépend en grande partie de la demande extérieure, alors que dans l’agriculture, la production dépend plus des conditions météorologiques.

Il y aura sans doute une situation difficile à gérer, d’autant que la transition politique limite l’action du président et du gouvernement.

 

[1] Ces dernières années, l’ONS la réalise aussi en avril. En raison du faible nombre d’observations disponibles, on n’a pas utilisé les observations du mois d’avril.