Dans ses prévisions pour 2020, établies dans le cadre travaux d’élaboration du World Economic Outlook d’avril, le FMI table sur un déficit courant pour l’Algérie de 26,7 milliards de dollars.  A ce déficit contribue notamment un déficit commercial (biens et services) de 27,5 milliards de dollars découlant d’importations de 46 milliards de dollars et d’exportations de seulement 18,5 milliards  Ceci suppose un excédent de la balance des services facteurs de 0,8 milliards de dollars.

Afin de suivre les raisonnements qui vont suivre, nous reproduisons  la dernière balance des paiements algérienne détaillée, celle de 2017, que nous avons extraite  de la base de données de balance des paiements du FMI.  Nous avons fait figurer dans le tableau les données dont nous disposons pour 2018 et le premier trimestre 2019 publiées par la banque d’Algérie.

La projection du FMI pour les échanges extérieurs a été faite sur la base d’un prix du pétrole de 35,61 dollars par baril.

La projection des importations de biens et services de l’Algérie pour 2020 semble avoir été faite sur une évaluation erronée des importations de biens et services pour 2019. Celles-ci sont en effet évaluées à 53 milliards de dollars. Dans les faits, les importations CAF ont été de seulement  42 milliards de dollars et les importations des autres services, hors assurance et fret, n’ont probablement pas dépassé les 6 ou 7 milliards de dollars compte tenu des ajustements budgétaires de 2019, ajustements qui ont fait baissé la demande en services de construction et en  certains services professionnels qui forment la plus grande part des importations de services. L’institution semble aussi ne pas avoir suffisamment pris en compte les ajustements envisagés suite aux  crises pétrolière et sanitaire. En effet, les importations de marchandises vont nécessairement subir la conséquence de la baisse d’activité, de la baisse de l’investissement et bien entendu aussi celle de la consommation. Toutes ces composantes vont subir des baisses importantes. Les services non facteurs, les importations de fret et d’assurances iront de pair avec la baisse des importations de biens. La baisse des investissements publics engendrera aussi une baisse des importations de services de construction ainsi que des services professionnels. Toutes ces baisses, le FMI les évaluent à seulement 7 milliards de dollars. Il nous parait plus plausible que les importations de biens et services se situent plutôt autour de 40 milliards de dollars que vers 46[1]. Les services facteurs devront eux dégager un léger excédent, les  intérêts reçus du placement des réserves et les transferts, compenseront les rapatriements de profits[2]

Même si on acceptaient les prévisions du FMI des exportations de biens et services de 18,5 milliards de dollars, qui nous semblent quelque peu minorées, nous aurions un déficit courant qui se situerait autour de 20 milliards de dollars, loin du montant de presque 27 milliards annoncés par le FMI. Les exportations d’hydrocarbures sont prévues à 330.000 b/j et celles de gaz de 690.000 eq. b/j. Les productions sont fixées respectivement à 730.000 b/j et 1,38 millions d’eq. b/j.

Il n’empêche que même 20 milliards de dollars seraient déjà un gros montant qui nous rapprocherait encore plus du moment fatidique où les réserves de change atteindraient le niveau minimal de trois mois d’importations.

Tableau 1 : Balance des payements
  2017 2018 1eT 2019
Crédit Débit solde Solde solde
Compte courant 43,2 65,3 -22,1 -16,7 -5,41
-- Biens et services 37,6 60,1 -22,6 -15,64 -4,94
---- Biens 34,6 48,8 -14,2 -7,46 -2,74
---- Services 3,0 11,3 -8,3 -8,18 -2,2
------ Services de maintenance et de réparation 0,0 0,1 -0,1    
------ Transport 0,7 3,5 -2,8    
-------- Passagers 0,0 0,1 0,0    
-------- Fret 0,2 2,7 -2,5    
-------- Autres 0,5 0,7 -0,2    
------ Voyages 0,1 0,6 -0,4    
------ Autres services 2,2 7,1 -5,0    
-------- Services de construction 0,2 2,9 -2,6    
-------- Services d’assurances et de retraite 0,1 0,2 -0,1    
-------- Services financiers 0,3 0,1 0,2    
-------- Revenus de la propriété intellectuelle 0,0 0,1 -0,1    
-------- Services informatiques, informations et télécom. 0,2 0,3 -0,2    
-------- Autres services professionnels 1,4 3,0 -1,6    
-------- Services personnels, culturels et récréatifs 0,0 0,0 0,0    
-------- Biens et services gouvernementaux n.d.a 0,1 0,5 -0,4    
-- Revenus primaires 2,3 4,9 -2,6 -4,42 -1,17
---- Revenus du travail 0,2 0,0 0,2    
---- Revenus de l’investissement 2,1 4,9 -2,8    
------ Revenu de l’investissement direct 0,7 4,8 0,0    
------ Autres revenus de l’investissement 0,2 0,0 0,0    
------ Revenu du placement des réserves 1,2 0,0 0,0    
---- Autres revenus primaires 0,0 0,0 0,0    
-- Revenus secondaires 3,4 0,3 3,1 3,35 0,7
------ Gouvernement 0,2 0,2 0,0    
------ Entreprises financières et non financières, ménages 3,2 0,1 0,0    
Compte de capital 0,0 0,0 0,0 0,88 -0,48
Compte financier 0,0 0,0 -22,0 -15,8 -5,9

Unités : milliards de dollars
Source : 2017 : FMI, 2018 et 2019 : banque d’Algérie


Notes:

  1. ^ En partant du niveau précédemment estimé pour 2019 de 49 milliards de dollars.
  2. ^ Il faut voir de près, ici, la période à laquelle sont imputables ces profits.