Au cours des deux premiers mois de 2020, le commerce extérieur algérien a connu d’importantes évolutions.  Notons d’abord que les importations ont fortement diminué. La baisse a été de 18%. Correspondant à un « gain » de 1352 millions de dollars. Cette baisse provient en quasi-totalité d’une baisse de 32% pour les deux catégories de produit, biens d’équipement industriels et demi-produits soit respectivement 877 et 574 millions de dollars.  En rythme annuel les importations se situeraient ainsi à 36,8 milliards de dollars. Sans assurance et fret, ce serait approximativement 34,6 milliards de dollars. En réalité il faudra tenir compte de la baisse de l’activité et de l’investissement, ainsi que de la demande des ménages, qui vont induire une baisse de l’ensemble des importations hors celles de biens alimentaires à partir du mois d’avril et plus encore de mai[1].

Tableau 1 : Le commerce extérieur de marchandises durant les deux premiers mois de 2020
  Importations exportation soldes
  J-F 19 J-F 20 Evol (%) J-F 19 J-F 20 Evol (%) 2019 2020
Biens alimentaires 1340 1293 -4 67 72 7 -1273 -1221
Energie et lubrifiants 128 339 165 6350 4560 -28 6222 4221
Produits bruts 324 374 15 18 11 -39 -306 -363
Demi-produits 1822 1248 -32 332 241 -27 -1490 -1007
Biens d'équipement agricoles 83 36 -57 0 0 0 -83 -36
Biens d'équipements industriels 2782 1905 -32 24 10 -58 -2758 -1895
Biens de consommation non alimentaires 1002 934 -7 4 6 50 -998 -928
Total 7481 6129 -18 6795 4900 -28 -686 -1229

Unité : millions de dollars
Source : DGD

Un autre phénomène remarquable aussi est la baisse des exportations d’hydrocarbures.  Il ne s’agit pas d’un effet prix. En effet le Brent était côté en moyenne à 61,7 $/B en janvier-février 2019 et 59,6$/B pour la même période 2020. C’est une baisse de 3,5%. La baisse en valeur des exportations d’hydrocarbures a, elle, été de 28%. Il ne s’agit pas non plus d’une baisse imputable à la baisse des quotas de l’accord de l’OPEP de décembre 2019, celui-ci étant minime. Il reconduit en effet l’accord de décembre 2018, lui-même reconduit en juillet 2019 avec 503.000 b/J supplémentaires pour l’ensemble des pays de l’OPEP+.

Les exportations hors hydrocarbures, notamment les demi-produits qui en constituent la plus grande partie ont fortement baissé aussi.

A supposer que les prix du pétrole algérien se situent entre 30 et 35$/B en moyenne pour les trois derniers trimestres de 2020, les exportations algériennes de biens se situeront entre 20 et 22 milliards de dollars. Tenant compte de ce que nous disions plus haut, les importations de biens vont probablement se situer à moins de 30 milliards de dollars et la balance des services (facteurs et non facteurs) va accuser un déficit de 7 à 8 milliards de dollars.  Le déficit de la balance des paiements pourrait ainsi être contenu en deçà de 20 milliards de dollars. Ce montant pourrait bien entendu diminuer à hauteur de l’endettement extérieur éventuel. 


Notes:

  1. ^ Il faut en effet tenir commande du délai de satisfaction des commandes et de leur acheminement. Les marchandises qui arrivent en Algérie en Avril, sont pour la plus grande proportion, commandées en Mars ou février. De ce fait, l’effet de la crise sanitaire va se faire sentir surtout à partir de mai. Beaucoup moins en Avril.