Bien que les recettes budgétaires aient baissé très fortement à partir de juin 2014, du fait de la baisse de la fiscalité pétrolière, les dépenses ne se sont pas ajustées. Plus encore, elles avaient connu un bond significatif en 2015, et en 2016, nous étions encore  assez largement au-dessus de 2014. Ce n’est qu’en 2017 qu’un effort significatif sera fait, mais il va reposer essentiellement sur le budget d’équipement. 

Du côté des recettes, il faut d’abord prendre la mesure du choc qu’a représenté la baisse des prix pétroliers à la mi 2014. Ainsi, les recettes de la fiscalité pétrolière (recouvrée) dans les recettes budgétaires totales en 2013 étaient de 62%. En 2016 elles passent à 35%.  Le rapport s’inverse ainsi avec les recettes ordinaires qui, elles, passent à 65%. Mais dans ces recettes ordinaires il faut compter  les  recettes exceptionnelles. Elles se composent  des dividendes de la banque d’Algérie et de Sonatrach  et d’autres ressources non précisées. Ces recettes exceptionnelles sont prélevées lorsqu’il y a des tensions conjoncturelles sur le financement du budget. C’est le cas depuis 2013. 

En 2016, le déficit budgétaire a été ainsi de 2340 milliards de DA. Si on comptabilise la fiscalité pétrolière au montant prévu au budget, le déficit serait de 2439 milliards. Les statistiques du ministère des finances ne donnent pas directement comment il a été financé, mais elles donnent comment a été financé le solde global du trésor. Ce dernier avait enregistré un déficit de 2485 milliards de DA. Sont venus se rajouter au solde budgétaire, le solde du compte d’affectation et le solde des interventions du trésor. Le financement a été assuré de la manière suivante :

Financement du solde global du trésor en 2016
Solde Global du Trésor -2 485 785
Financement 2 485 785
Financement Bancaire 232 519
Financement Non Bancaire 205 412
Prélèvements du FRR 1 387 938
Emprunts Extérieurs Nets 102 084
Emprunts National pour la croissance économique 557 832

Unité : millions de DA
Source : ministère des finances

Deux principaux financements ont été utilisés : un prélèvement sur le fonds de régulation des recettes et l’emprunt national qui a mobilisé 557 milliards de dinars. Trois autres financements ont totalisé ensemble un montant équivalent à celui de l’emprunt national. 

Pour juger de la pérennité de ce financement, il faut en premier lieu voir si les financements exceptionnels cités plus haut peuvent être reconduits, en outre,  voir où en est le FRR, et dans quelle mesure aussi le trésor peut recourir à des emprunts.

Concernant les financements exceptionnels,  il est clair que l’Etat ne peut prélever indéfiniment des proportions importantes des résultats de Sonatrach ou de la Banque d’Algérie sans introduire de risques sur le financement des investissements de la première ou de s'écarter des règles prudentielles que doit observer la Banque d’Algérie. En effet, les bénéfices de cette dernière, viennent normalement renforcer son capital ou ses réserves pour sauvegarder sa solvabilité, c’est-à-dire sa capacité à parer à des pertes éventuelles. Encore que dans la loi des finances de 2017 apparait un poste "autres recettes" qui semble correspondre à ce type de ressources.

Concernant le fonds de régulation des recettes, à fin 2016, et selon nos estimations, le reliquat était d’environ 758 milliards de DA, soit près du plancher légal (740 milliards de DA).  Ce plancher a en fait été atteint à fin février 2017 (740 milliards de DA). A terme donc, il ne semble pas que le budget ait d’autre moyen que l’emprunt (auprès du public, bancaire ou bien extérieur). Ceci semble d'autant plus possible que les ratios d'endettement public sont très loin de la norme (60% du PIB), norme qui très souvent est partout allègrement dépassée. 

Pour cette année, il était prévu un déficit de 1247 milliards de DA sous une hypothèse de prix du pétrole  algérien de 50 dollars En prélevant les dernières ressources du FRR, le besoin en financement devrait être de 500 milliards de DA.  Ce montant devrait être finançable par un surplus de recettes par rapport à l’hypothèse prise, si le prix moyen s’établit au-dessus de 50 dollars,  des emprunts bancaire ou des coupes dans les dépenses prévues. Mais cette situation montre tout le défi du financement budgétaire pour l’année prochaine.  L’endettement ne sera sans doute plus un choix alors, mais une obligation. Il y a donc en réalité une assez grande marge de manœuvre de ce point de vue, mais le recours à l’endettement  nécessitera une rationalisation des dépenses que les décideurs politiques retardent au maximum. 

Recettes et dépenses budgétaire depuis 2013
  2013 2014 2015 2016 2017(prévisions LF)
Fiscalité Pétrolière recouvrée 3678131 3388355 2275132 1781100 2200120
Ressources ordinaires 2279415 2350018 2829602 3261122 3435374
     Recettes Fiscales 2031019 2091456 2354648 2422902 2845374
     Recettes Ordinaires 83700 75984 247481 171245 100000
     Recettes d'ordre,  dons et legs 21 122 61 31 490000
     Recettes  Exceptionnelles 164675 182456 227412 666944
Total Recettes recouvrées 5957546 5738373 5104734 5042222 5635514
Fonctionnement 4131536 4494327 4617009 4591437 4591841
Equipement 1892595 2501442 3039322 2792212 2291373
Solde -66585 -1257396 -2551597 -2341427 -1247700
FP Recouvrée/Recettes (%) 0,62 0,59 0,45 0,35 0,39
R. Ordinaires/Recettes (%) 0,38 0,41 0,55 0,65 0,61
PIB 16650000 17242000 16591000 17081000  
Déficit/PIB (%) -0,4 7,3 15,4 13,7  

Unité (millions de DA)
Source : d’après Ministère des finances