Le projet de budget pour 2015 proposé dans le projet de loi des finances pour 2015 prévoit des dépenses de 8858 milliards de dinars pour des recettes de 4684,6 milliards sous l’hypothèse d’un prix du baril de 37$. Ceci dégage un déficit apparent de 4173,2, soit 22,1% du PIB prévu pour 2015 (18.896 milliards de DA).  Ces recettes se décomposent en 1722,9 milliards de fiscalité pétrolière et 2961,7 d’autres recettes (fiscalité ordinaire et autres recettes). Au prix courant du baril, les recettes de fiscalité pétrolière sont prévues à 4357,1 milliards.  Ainsi, même si on prenait en compte les recettes réelles, le budget 2015 aurait présenté un déficit de 1593 milliards, soit 8,4% du PIB.

Tenant compte toutefois de l’évolution des prix pétroliers aux derniers mois de 2014, les recettes réelles de fiscalité pétrolières pourraient être beaucoup moins importantes que prévues. Elles pourraient se situer autour de 3500 milliards de DA.  Le déficit réel se situerait alors entre 2000 et 2500 milliards de DA, ce qui est évidemment très important. Le recours au FFR serait alors beaucoup plus important que prévu. Ce recours devait en effet situer à 850 milliards de DA environ et être complété de 650 milliards environ de financement bancaire ou vente de bons du trésor. La nouvelle configuration exigera un recours accru aux deux types de financement.

La persistance de la conjoncture pétrolière actuelle obligera sans doute les autorités à infléchir fortement les tendances budgétaires. Les possibilités qui s’ouvrent pour ce faire restent toutefois nombreuses.

Au titre de la compression des dépenses, nous avons d’abord les possibilités existantes dans les transferts, qu’ils soient à destination des ménages ou des entreprises. En deuxième lieu, il est possible évidemment de réduire le volume des investissements, ne serait-ce que les nouveaux programmes. Il y a aussi bien évidemment le recours au FRR.  A fin 2014, son solde devrait se situer à moins de 5000 milliards de DA. Si on devait compter sur ce seul financement, on pourrait tabler sur entre deux ou trois années de financement de l’ordre du déficit réel prévisible pour 2015. Il y a enfin l’endettement public. L’endettement public actuel reste en effet bien modeste comparativement à ce qu’on considère comme la norme plafond du point de vue de la bonne gestion des finances publiques, soit environ 60% du PIB. A fin 2013, la dette publique interne était de 1172 milliards de dinars et la dette externe de 375 millions de dollars, soit environ 29,5 milliards de DA. Donc une dette publique totale d’environ 1200 milliards de DA, équivalente à 6,3% du PIB.

L’examen des dépenses prévues au budget 2015 permet de dégager les lignes de compression des dépenses.

Concernant les dépenses de fonctionnement, d’un montant prévisionnel de 4927,3, il comprend :       
-    2758, 2 milliards de DA de rémunérations des fonctionnaires (y.c les employés des EPA),
-    778,7 milliards de DA de subventions de fonctionnement pour les EPST (établissements publics à caractère Scientifique et technique), et les établissements hospitaliers,
-    226,3 milliards de subventions à la caisse de retraite
-    Une provision de 310,5 milliards de DA pour la couverture de l’impact de la révision de la définition du SNMG et d’un certain nombre d’aides sociales
-    Enfin 927 milliards de DA d’autres transferts

Cette composition fait apparaitre des possibilités importantes d’économie en rationnalisant les transferts.

Concernant les dépenses d’investissement, nous avons dit plus haut qu’en cas de besoin, une partie, ne serait- ce que dans le programme neuf pourrait être différée.

Il faut savoir en effet que le programme quinquennal d’équipement public prévoit 262 milliards de dollars pour les 5 années 2015-2019, soit environ 21.000 milliards de DA, soit encore 4200 milliards de DA/an en moyenne. C’est bien un montant de cet ordre qui est prévu dans le projet de budget 2015. Il faut toutefois noter que ce montant intègre les dépenses en capital, qui ne sont pas de l’investissement à proprement parler. Ces dépenses constituaient 30% environ du budget d’équipement en 2013 et 2014. Elles couvraient essentiellement des dépenses dites de soutien à l’activité économique, notamment les bonifications de taux d’intérêt. Quoi qu’il en soit, la persistance de la conjoncture pétrolière actuelle pourrait conduire à une révision importante du programme quinquennal d’équipement public, tout au moins en en différant la réalisation.

Si de nombreuses possibilités existent donc pour une compression des dépenses publiques ne serait- ce qu’à moyen terme, il faut quand même avoir à l’esprit que l’impact d’une réduction des dépenses publiques sur l’économie va être important. En effet, jusqu’à présent, une bonne partie de la croissance d’ensemble était imputable à la croissance des dépenses publiques. La croissance de ces dépenses viendrait elle à s’annuler ou même ralentir fortement, que la croissance d’ensemble serait fortement ralentie, même si cela ne serait pas immédiat.